Festival International de Violoncelle de Beauvais 2026 – du 29 mai au 7 juin
Le Festival International de Violoncelle de Beauvais a lieu, cette année du 29 mai au 7 juin 2026
L’AFV est heureuse de relayer ici la communication autour de ce grand évènement consacré au violoncelle.
Voici le lien direct vers le programme complet des festivités de cette 34ème édition 2026 :
https://www.festivalvioloncellebeauvais.com/programme2026#anchors-mfmknoi04

Le Festival de Beauvais a fait l’objet d’un entretien, proposé par Dominique Sprenger, Président de l’Association pour le rayonnement du violoncelle, avec sa Directrice artistique, Diana Ligeti, dans le N° 93 de la revue Le Violoncelle (p. 18-19).
Nous le reproduisons intégralement ici :
Dominique Sprenger : Quelle a été ta motivation première pour t’intéresser à la Direction artistique du Festival International de Violoncelle de Beauvais ?
Diana Ligeti : Je suis d’abord venue à Beauvais avec ma classe du CNSMDP à l’invitation d’Emmanuelle Bertrand en 2014. J’ai suivi ensuite la programmation tous les ans jusqu’en 2022, quand j’ai été ré-invitée à jouer au festival. J’ai été frappée par l’atmosphère unique qui s’y dégage, la gentillesse et l’efficacité des organisateurs et des bénévoles. Lorsque Emmanuelle m’a demandé de lui succéder, j’ai été très honorée et heureuse de pouvoir continuer son magnifique travail.
La formation de l’octuor de violoncelles a été le point de départ en 1993 de l’institution d’envergure dédiée au violoncelle à Beauvais. Cette année, comme un clin d’œil, la création mondiale d’un octuor commandée à Julien Joubert est programmée en avant-première le 9 mai : quelles sont à ton avis les raisons qui font que cette formation est si prégnante, si attachante, si rayonnante ?
Le violoncelle est l’instrument le plus proche de la voix humaine et avec une grande tessiture. Huit violoncelles constituent une formation qui, par son équilibre et son homogénéité sonore, peut être comparée au quatuor à cordes, mais avec un son plus profond et encore plus rond. Sa tessiture permet de couvrir à la fois le registre aigu et grave, et le son du violoncelle peut chanter, tout comme il peut être brillant et virtuose. En fait, on peut tout faire avec un octuor de violoncelles, de Bach à la création contemporaine. Le festival de Beauvais a commandé énormément d’œuvres, et celle de Julien Joubert s’inscrit dans cette lignée qui enrichit le répertoire et met en évidence toutes les belles caractéristiques du violoncelle. En plus, cette année nous avons la chance de jouer à l’intérieur de la cathédrale de Beauvais et de bénéficier donc d’un lieu d’exception, avec une acoustique particulière, dont Julien Joubert s’est servi pour l’écriture de son octuor inspiré de l’histoire de la cathédrale et appelé Icare.
Depuis que tu concoctes la programmation du Festival, il y a chaque année un pays invité. L’an dernier c’était le Brésil, cette année, c’est le Japon, avec les violoncellistes de référence que sont Dai Miyata (lauréat du dernier concours Rostropovitch en 2019) et Atshuhi Sakai (particulièrement polyvalent, dont on a pu lire dans les revues 91 et 92 de l’AFV l’interview réalisée par Vincent Courtois, qui lui-même clôturera le Festival le 7 juin) : cette ouverture vers d’autres pays, c’est comme si le violoncelle faisait le tour de la Terre ! Qu’est-ce donc qui attire les violoncellistes à Beauvais ?
Diana : Pendant le festival, Beauvais devient la capitale mondiale du violoncelle. Ce sont l’histoire et la renommée du festival qui attirent les violoncellistes de tout âge, mais aussi les lieux emblématiques comme la Maladrerie Saint Lazare et l’ambiance à la fois décontractée mais artistiquement si exigeante qui y règne. J’ai voulu offrir au public une ouverture sur le monde, la découverte des talents venus de près ou de loin, mais aussi la découverte d’une culture différente qui dialogue avec notre longue tradition musicale. Cette année, il y a non seulement la participation des musiciens japonais et la programmation de musiques écrites par des compositeurs japonais couvrant un très large spectre de styles, mais aussi un grand nombre d’événements pour approfondir la culture japonaise : cérémonie du thé, défilé et exposition de kimonos et d’estampes, cinéma japonais lié au violoncelle, ikebana, manga, repas japonais etc
En clôture du festival le 7 juin, c’est le jazz et l’improvisation qui seront à l’honneur avec les violoncellistes-phares Vincent Courtois et Éric-Maria Couturier : comment définir ce que l’improvisation apporte à la musique vivante ?
L’improvisation nous fait vivre dans l’instant présent, unique. Dans un monde avec une tendance à la standardisation et au rapport strict à la partition, l’improvisation apporte la conscience et la jouissance du moment présent. C’est aussi une pratique qui a été un peu ignorée dans l’enseignement de la musique classique et qui donne une plus grande liberté au musicien qui la pratique. Vincent et Eric-Maria nous feront donc vivre des moments inspirants à la croisée des différents genres musicaux, dans une synthèse originale qui leur est propre.
Outre les concerts, le Festival de Beauvais se singularise par une ouverture sur tous les arts, et notamment par des concerts-lecture intégrant littérature, philosophie et réflexion : à ton avis, le texte nourrit la musique, ou la musique illustre le texte ?
Je suis convaincue que les arts vivent ensemble, qu’on ne peut pas les dissocier. Peut-on imaginer la musique sans la danse et vice versa ? Le chant sans la poésie et la poésie sans la musique des mots ? Chaque art se nourrit et s’enrichit des autres, il est donc naturel de les faire coexister, même si notre festival est dédié à la musique.
La transmission fait aussi partie des fondamentaux du Festival : masterclasses, réunion de dizaines d’élèves de conservatoires au sein de la traditionnelle Fourmilière, et ateliers participatifs… Quel est selon toi l’objectif de ces activités pédagogiques et socio-culturelles ?
La musique est un langage universel. Les émotions qu’elle véhicule sont accessibles à tous sans distinction. Il est de notre responsabilité d’apporter cette émotion partout, pas uniquement à ceux qui pratiquent un instrument. J’aime beaucoup ce volet de notre festival qui permet des moments très forts nous encourageant à aller encore plus loin. J’espère que nos activités suscitent un intérêt pour la pratique instrumentale mais aussi, simplement, pour les émotions que procurent les arts.
Rendre la musique accessible à tous les publics est un autre axe récurrent de la programmation du Festival, et cette année, Beauvais met en œuvre un dispositif innovant pour les personnes sourdes et malentendantes. Peux-tu nous en dire plus sur ces vestes vibrantes et capsules sensorielles ?
La veste vous enserre dans un cocon vibrant qui, selon l’endroit, l’intensité ou la nature de la vibration, fait vivre l’émotion d’un concert même sans entendre la musique. En complétant le dispositif par une capsule sensorielle (une boule connectée dans laquelle on enserre la main pour une expérience liée au toucher) et un interprète en langue des signes, les personnes malentendantes peuvent accéder au plaisir d’une salle de concert et ressentir l’émotion véhiculée par la musique. C’est une expérience de « réalité augmentée » par la vibration !
Dans l’ADN du Festival de Beauvais, on trouve, depuis le début, la préoccupation constante de passer des commandes, de susciter des créations, souvent de compositeurs de renom (bientôt 150 commandes depuis 33 ans !), ce qui a eu pour effet d’enrichir considérablement le répertoire de notre instrument. Ce riche répertoire est-il ré-utilisé et diffusé ?
C’est la fierté du festival d’avoir « ses » commandes tous les ans. Le travail avec un compositeur vivant est essentiel à la compréhension de la musique et de l’interprétation. Les nombreuses œuvres commandées par le festival rentrent dans le répertoire « courant », elles sont en partie éditées, et par ce fait, accessibles à tous. Moi-même, j’ai rejoué avec mes étudiants plusieurs octuors de violoncelles commandés par le festival.
Parmi les nombreux évènements du festival 2026, peux-tu en mentionner quelques-uns, particulièrement originaux et intéressants ?
Tous les évènements de notre festival sont uniques, mais s’il s’agit de découverte et de dialogue culturel, la soirée du 5 juin est peut-être la plus parlante : dans le cadre millénaire enchanteur de la Maladrerie Saint-Lazare, le violoncelle accompagne d’abord un défilé féérique de kimonos racontant une vieille légende japonaise. Ensuite, nos musiciens invités Dai Miyata et Julien Gernay proposent un parcours inédit dans l’univers poétique des musiques des films de Miyazaki, avant de dialoguer avec la tradition française dans les œuvres de Saint-Saëns et Ysaye.
Pour ceux qui souhaitent découvrir ou approfondir la tradition du violoncelle à la française, je conseille le concert du 30 mai (Raphaël Pidoux et son Ensemble Premières Scènes, avec notamment Atsushi Sakai), et celui du 31 mai (« Only Cello » par Valérie Aimard), précédé de la conférence-atelier de Xavier Gagnepain, sur la spécificité de la pédagogie du violoncelle en France.
Le communiqué de presse est consultable en cliquant ici.
Et voici
